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B
on, en tant que petit nerd de la géographie, il fallait que je fasse un thème géographie à un moment. Comme vous avez pu le voir, le débat pour la présidentielle a commencé, et Jean-Luc Mélenchon a fait une proposition, les éco-régions, de nouvelles régions qui remplaceraient les actuelles et seraient basées sur les bassins hydriques afin de donner une place plus importante à l'eau. Ça m'a fait penser à deux questions : comment on divise administrativement un territoire, et surtout sur quelle base ?
Une subdivision territoriale change en fonction du pays. Nous en France on a plusieurs niveaux : Pays puis Régions puis Département puis Métropole/intercommunalité puis Commune. Aux États-Unis par exemple on a Pays puis États puis Comté puis Ville ou un truc du genre. On pourrait même dire, pour la France, UE puis Pays puis Régions ... Chaque pays a donc à un moment créé des subdivisions administratives, elles sont donc intimement liées à l'histoire du pays.
Pour mieux en parler, je vais me concentrer sur le cas de la France. Bon, un petit cours d'histoire est nécessaire. Avant 1789, la France n'est pas vraiment un pays au sens moderne du terme mais un empilement de provinces, pays, villes, diocèses et juridictions aux frontières qui se chevauchent, hérité de siècles d'agrandissement du domaine royal. Pour ceux qui parlent du millefeuille administratif actuel, imaginez à l'époque. On se retrouve donc avant 1789 avec des dizaines de types d'administration différents. Mais le 4 août 1789 les privilèges sont abolis, il faut donc une nouvelle carte. Qui plus est cette carte devra maintenant se baser sur un principe, ça c'est nouveau, bien sûr on est à la révolution le principe fondamental c'est l'égalité. Une commission planche alors dessus, part d'abord d'un découpage en damier totalement théorique jugé trop absurde (ça aurait été super drôle en vrai), avant de se ranger derrière un critère plus simple : que chaque citoyen puisse rejoindre le chef-lieu en une journée de voyage. Le 26 février 1790, 83 départements sont créés, nommés d'après des éléments de géographie physique (fleuves, reliefs, mers) plutôt que d'après les anciennes provinces, pour couper les liens avec l'Ancien Régime. Les paroisses, elles, sont gardées et rebaptisées communes. Il faut donc se souvenir pour la suite que le département est le symbole même du républicanisme.
Carte des départements en damier
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Bon ensuite Napoléon va consolider l'idée département notamment avec les préfets. Vers la fin du XIXe siècle on a le chemin de fer qui se répand, la vieille règle du chef-lieu atteignable en une journée change, on peut maintenant aller beaucoup plus loin. On va alors voir quelques mouvements/idées pour une subdivision plus grande. Mais comme dit précédemment le département reste le symbole de la République donc tant qu'on est sous la IIIe République on ne peut les effacer. Par contre sous Vichy c'est une autre histoire, le gouvernement pétainiste est hautement réactionnaire, l'idée même du département, une province basée sur l'égalité, est un problème. On a alors dix-huit préfets régionaux qui vont voir le jour en 1941 avec pour but de rappeler un passé pré 1789, avant d'être discréditée à la Libération à cause de son association avec le régime. On a ensuite une longue histoire parlementaire pour voir arriver les régions actuelles d'abord 1950, où Edgar Faure (un monsieur qui a été Ministre d'un peu tout, sénateur, député, député européen, Président régional) à l'époque ministre de l'économie et du plan qui va lancer les programmes d'action régionale, enfin en 1980 les lois de décentralisation dotent ces régions économiques d'un exécutif élu. Le dernier point c'est 2014, le président Hollande réduit le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 et confirme leur but, la compétitivité dans le marché européen.
Grande citation d'un président
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Et enfin aujourd'hui on parle des éco-régions, et je vais vous dire pourquoi j'adore cette idée. Comme dit, les régions actuelles ont pour seul but la compétitivité et la croissance au sein du marché européen, résultat : les régions qui avaient des centres économiques historiquement puissants sont surinvesties, et les régions qui étaient en déclin continuent de décliner de plus en plus. De plus, le découpage de ces régions est hyper bizarre : d'un côté on veut faire un rappel de provinces historiques (Normandie, Bretagne), d'un autre on fait des fusions qui n'ont aucun sens si ce n'est je veux une grande région (PACA, AURA), et puis on a carrément les points cardinaux (Hauts-de-France, Grand Est). Les noms ont pas de lien entre eux. Y a pas de base commune ou d'idéal. Enfin bref un bon bordel où on a l'impression que chacun a fait ce qu'il veut. À mon sens il faut donc changer cela.
Bon après j'entends les critiques. « Ça ferait des mégas-régions » ok mais c'est peut-être un avantage. Vous voulez une subdivision à taille humaine ? OK, on a déjà des départements et des métropoles pour ça, donc autant faire un niveau administratif comparable à un petit pays. De plus on pourrait réduire grandement le nombre d'élus régionaux. Je suis pas toujours pour la réduction du nombre d'élus mais alors pour les élus indirects là, aucune pitié, donc en réduire le nombre serait pas mal. La critique sur une potentielle mauvaise gestion économique si on enlève le but de la compétitivité. Alors oui peut-être que les éco-régions n'iront pas chercher des investissements des pétro-monarchies, mince alors. Mais plus sérieusement en quoi une administration qui a pour but la préservation écologique donc un investissement massif dans la transition écologique abîmerait l'économie. On aura une entité entière qui investira dans les infrastructures de transport écologique (Bus, Tram, Train, Métro ...), dans les industries vertes comme les aciéries sans charbon, les ciments sans carbone etc etc, dans les nouvelles technologies aussi. Un investissement aussi pour nos chers agriculteurs qui devront certes changer de pratique mais auront sûrement beaucoup moins de pertes.
Oh shit, the economy
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Enfin bref si tout ça vous a pas convaincu, je me suis amusé à faire une proposition. Je vais faire quelques précisions : on arrête avec les DROM et je sais quelle connerie, les départements d'outre-mer ont eux aussi le droit à leur région, et avoir une forme d'union entre plusieurs départements d'outre-mer augmenterait en plus les infrastructures d'échange entre eux. Les noms des régions se basent sur le nom du fleuve principal du bassin, avec la même nomenclature partout, comme ça ce sera simple à retenir : Séquanie, Rhodanie, Garonnie, Ligérie, Rhénanie, et pour l'outre-mer Caraïbie et Indéanie et pour les puristes de la langue française tous les noms se basent sur la même forme que Rhénanie et Rhodanie qui existent déjà. Aussi il y a des départements hachurés parce que je sais pas à qui les donner, donc à voir. Vous avez aussi un petit tableau récapitulatif de quelques métriques importantes (Population, Superficie, PIB, PIB/Habitant, Nombre de départements).
Ma proposition de carte des éco-régions
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Quelques chiffres (population et superficie précises, PIB estimé à partir des anciennes régions, à prendre avec des pincettes)
| Région |
Population |
Superficie |
PIB |
PIB/hab. |
Dép. |
| Séquanie | 18 091 000 | 75 649 km² | 939 Md€ | 51 900 € | 18 |
| Rhodanie | 16 656 000 | 130 887 km² | 548 Md€ | 32 900 € | 25 |
| Ligérie | 11 413 000 | 137 845 km² | 373 Md€ | 32 700 € | 21 |
| Garonnie | 7 803 000 | 110 370 km² | 251 Md€ | 32 100 € | 17 |
| Rhénanie | 8 528 000 | 49 470 km² | 256 Md€ | 30 000 € | 9 |
| Indéanie | 1 178 000 | 2 886 km² | 22 Md€ | 18 250 € | 2 |
| Caraïbie | 1 029 000 | 86 602 km² | 23 Md€ | 22 350 € | 3 |
Ce que j'aime bien avec ce tableau, c'est que ça montre qu'on peut réussir à faire des régions plus égalitaires. Si on prend le PIB/Habitant, un véritable indicateur économique meilleur que le PIB à mon sens. On voit tout de suite que les régions d'outre-mer auront besoin d'investissements, ça c'est pas une surprise, mais pour les autres les régions sont toutes à peu près au même niveau. Alors oui la Séquanie explose tout mais bon on vit dans un État centralisé et peut-être que cela encouragera à la décentralisation. Donc bien sûr, changer une carte ne va pas régler tous les problèmes d'un coup, mais cela peut donner une dynamique, une dynamique écologique, égalitaire et redistributive.
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